Depuis décembre, la plupart des ingénieurs avec qui je travaille ont
suivi pas mal de formations, mon entreprise ayant décidé de créer des
sortes de cursus d’intégration ou de remise à niveau technique. Mon
travail consistant à coordonner leur action n’a pas été facilitée par
ces absences répétées et à tour de rôle. Quant-à moi, cela fait pas mal
de temps que je me dis qu’aller en formation me ferait du bien mais il
est difficile de prendre le temps, de se demander ce qui va se passer
pendant notre absence,… etc… Et puis, en février, l’opportunité s’est
présentée de m’inscrire à une formation interne de 15 jours étalée sur
6 mois, comprenant à la fois du management, de la communication, de la
finance,… Alors, je me suis dit « les autres partent, pourquoi pas moi
? ».
Mon manager m’a encouragé à m’inscrire tout en me disant « ce qui
est compliqué, c’est le soir de traiter quand-même ses mails pour que
les affaires continuent à tourner». Comprenez : le temps de formation
ne doit pas nuire au temps de travail. Ça m’a fait encore hésiter mais
je me suis dit « et puis zut, ça fait 5 ans (dont 18 mois dans cette
entreprise) que je ne suis pas parti prendre l’air, rencontrer d’autres
gens, d’autres manières de faire, pris de la hauteur…
Finalement, je me suis retrouvé avec 10 autres managers de mon
entreprise dans une salle. Que des inconnus. La responsable de la
formation de l’entreprise nous a dit en introduction « Ce cursus est le
résultat d’une volonté de l’entreprise de former ses cadres ». « Quand
vous serez en formation, vous éteindrez votre portable, vous oublierez
vos mails. Votre manager a fait le choix de vous envoyer. Il sait que
vous ne serez pas productif pendant ce temps ».Cette phrase m’a rendu
un peu perplexe et je me suis dit qua sans doute manager et service de
la formation n'avaient pas les mêmes objectifs premiers. « Ce temps de
formation, c’est un temps pour vous ». Je me suis senti tout un coup un
peu fier de ma boite : c’est vrai que c’est pas rien d’envoyer une
grande partie de ses managers se former… au management.
15
jours, c’est pas énorme, on ne peut qu’effleurer chaque sujet. Par
exemple, le premier module porte sur le management et ne dure que 2
jours. Que voir en 2 jours ? Plutôt que de lancer des powerpoints, de
faire gratter, la formatrice a choisi de faire discuter la salle en
créant des clivages avec des réflexions du genre : « le plus important
pour une entreprise, est-ce que c’est l’humain ou les procédures ». On
a bien discuté, parfois on s’est interpelé vivement, on s’est bien
chambrés aussi (alors que nous ne nous connaissions pas du tout au
départ !). Parmi les discussions, 2 phrases choc : « On n’est pas là
pour faire du social » et au détour d’une phrase anodine, «la semaine
dernière, j’ai collé 2 avertissements ». Dans ce genre de moment, il y
a l'apparence qui peu à peu s'efface, il y a l'image que les uns et les
autres se font des autres. Mais en son fort intérieur, je crois surtout
que chacun a réfléchi à ses propres manières de faire, se rendant
compte qu’un management stéréotypé, ne prenant en compte ni le degré
d’autonomie des collaborateurs, ni le contexte menait assez facilement
à l’échec.
Ces 2 premiers jours de formation furent donc l’occasion, non pas
d’apprendre un savoir technique mais bien de prendre du recul pour
cultiver son jardin intérieur. Sans doute certains brillants esprits
penseront-ils que cette formation non technique et non applicable
directement ne sert à rien. Je pense-moi qu’elle est essentielle à la
bonne marche de l’entreprise. La plupart des managers apprennent à
manager sur le tas, sans jamais prendre le moindre recul ni sur leurs
manières de faire, ni sur les conséquences. Pas étonnant que certains
se retrouvent dans des situations catsatrophiques pour eux, pour leurs
collaborateurs et in fine pour leur entreprise.
Cette
période se plus faible activité devrait être l'occasion pour les
entreprises de former leurs personnels, cadres compris non pas
seulement aux technologies de demain mais aussi au "savoir être" et in
fine au savoir faire... ensemble.